vendredi, 14 décembre 2007

la banquette arrière

J’apprécie beaucoup la banquette arrière. J’imagine aisément à quoi vous pensez. Pas du tout. Voici, ici, un premier exemple de ce que j’en fais, moi, d’une banquette arrière.

 

Il s’agit aujourd’hui d’une tout autre chose. Il s’agit d’une utilisation et de sensations différentes.

 

Lorsque la fatigue se fait sentir, lorsque la torpeur langoureuse du sommeil se fraie subrepticement un chemin dans mon cerveau tout engourdi, je regarde, au fond de l’autocar, ces fauteuils qui, déjà, dans le rétro, avant même de les toucher, se présentent à moi comme un havre de paix, une oasis où trouver le repos réparateur que mon corps tout entier réclame.

 

Je me mets alors en quête de tout ce qui peut servir d’appuie tête. Un pull-over fait l’affaire et me voilà parti douze mètre plus loin. Une fois allongé, la bonne position est souvent laborieuse à trouver. Elle l’est encore davantage à conserver. Il faut une précision de géomètre pour y parvenir. Cela se joue à quelques millimètre à peine, vous savez? Mais aussitôt identifiée, elle devient, comme par enchantement, d’un confort inimitable digne des meilleures couches. Il ne faut certes plus bouger. Faire le vide. Humer cette odeur si particulière qui règne dans un autocar, surtout à l’arrière, au dessus du moteur.

 

Dire que plus de trois cent chevaux sommeillent sous mes oreilles, trois cent chevaux prêts à s’emballer à la première demande ! Une telle puissance au repos ressemble à un tigre endormi. Si l’on n’y fait pas attention et qu’il se réveille brusquement, il peut vous arracher un bras comme un rien.

 

Me voici donc sommeillant paisiblement sur la bête, me laissant bercer, de ci de là, par quelque bruit alentours.

 

Survient alors une autre bête, une autre machine dont le bruit fascinant me mets en éveil. Un collègue s’apprête à stationner son propre car derrière moi. Ses douze longs mètres défilent lentement mais sûrement et à vitesse constante le long de la vitre par laquelle je l’observe avec admiration, tel un squale devant la baie vitrée d’un aquarium géant. Et je reste là, "scotché", comme un enfant, sans mot dire.

 

Il se fait l’heure de quitter mon refuge pour accueillir mes petits écoliers. Je m’offre, avant de regagner la cabine de pilotage qui m‘attend, le spectacle émouvant que dévoile la longue rangée de sièges alignés comme les piliers d’une cathédrale gothique. Oui, il y a de cela dans un car. Une sorte de majesté, de grandeur. Une noblesse incomparable.

 

Christian Fontenay