mardi, 11 mars 2008

ô ma montagne

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mercredi, 05 mars 2008

c'est ça! aussi le métier de chauffeur d'autocar

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Voici un petit reportage que je vous ai ramené de mon excursion à isola 2000 hier où j'ai monté un groupe de clients. Le métier de chauffeur d'autocar est extra non seulement pour son aspect technique (conduite, mécanique…) et sa dimension commerciale (accueil, pratique de langues étrangères…) mais aussi par les expériences qu'il permet de vivre et les lieux visités. Hier c'était rando raquette entre deux services, montagne oblige.

Mais j'ai bien failli ne pas pouvoir vous le passer. En effet, au retour, les giboulées annoncées par météo montagne ont fini par arriver et nous ont surpris en pleine descente d'Isola 2000. Il faisait nuit. Partis quelques instants plus tôt de la station de ski avec quelques vagues flocons de neige, nous nous sommes trouvés à un moment donné engagés dans une tempête de neige d'une violence extrême. Plus nous descendions vers la vallée, plus, curieusement, la tempête faisait rage.

Par moments, je n'y voyais pas à trois mètres; la neige s'écrasait sur mon pare brise, les flocons tourbillonnants formaient un halo de lumière éblouissant, le vent bousculait le car… un véritable calvaire sur non moins de 17 kilomètres en descente à très forte pente parcourue de virages en épingle. Par endroits la neige recouvrait déjà la route, mais pas partout. Nous pouvions donc poursuivre.

D'un coup, alors que je ne roulais pourtant pas vite, au frein moteur et au ralentisseur, je sens partir le car. A ma gauche la muraille de pierre, devant nous une grand tournant et à droite, le vide… Silence à bord, plus personne ne parle. Je sens tout le monde crispé. Il y a de quoi. Un car qui part, ça fait tout drôle. Nous autres des alpes maritimes, n'avons pas trop l'habitude de ces conditions météo. Sauf les chauffeurs qui pratiquent la montagne tous les jours. Heureusement que j'ai habité quelque temps en montagne! Mais une voiture c'est une chose. Un car… ça n'a rien à voir. Mes formateurs m'en avaient parlé mais ça ne m'était jamais arrivé. Les secondes qui passent me paraissent une éternité. C'est le moment où je suis seul au monde et où tout ne dépend plus que de moi et de la Providence. Le car glisse, incontrôlable, inexorablement. Je nous vois tous dévaler la pente… dans le mauvais sens. Il faut réagir, et vite; prendre la bonne décision. Faire la bonne manœuvre. Je lance en anglais à mes clients : « Don't worry I have the complete control of the coatch » (ne vous inquiétez pas, j'ai le contrôle total du car). Tu parles! Je lâche alors tout et accélère de ce fait la glissade ce qui a pour effet de redresser le car sur la route. C'est déjà ça. Je remets ensuite, très, mais alors très doucement, le pied sur les freins pour ralentir et rétrograde, à peine possible, en première vitesse. Il me semblait que c'était la seule chose à faire si nous ne voulions pas atterrir dans le décor. Le car ralentit, les pneus adhèrent! Ouf! Je respire. J'ai repris le contrôle. C'était mois une car le virage était là. Celui qu'il ne fallait pas louper. Juste devant mon nez. Les derniers kilomètres furent durs, très durs. Longs, très longs. Je faisais mine de plaisanter avec la guide, je lui faisais raconter un peu de sa vie pour détendre tout le monde. Moi, je devais rester concentré. Mais il fallait en même temps que quelque un parle. Le client ne devait pas perdre confiance, rester calme. L'un d'eux m'a d'ailleurs serré très fort le bras en le déposant à l'hôtel à Nice et m'a dit, le regard grave et reconnaissant : « merci de nous avoir ramené à bon port ». Je lui ai répondu « je n'ai fait que mon travail ». Quant à la guide, celle ci m'a pudiquement demandé : "on n'a pas un peu glissé à un moment ?" ajoutant "je ne risque pas d'oublier qui était mon chauffeur pour cette mission!". J'avais l'impression d'être un héro. Et pourtant, c'est vrai : je n'ai fait que mon travail.