jeudi, 24 avril 2008
demarrage
Il est long. Il est haut. Il est large.
La porte s'ouvre. Je monte les premières marches qui me conduisent à la cabine de pilotage.
Un tour de clé : le tableau de bord s'illumine de mille et une lumières de couleurs différentes. Mon disque est prêt et inséré dans le « mouchard » en position travail.
Les niveaux sont faits. Les vérifications effectuées.
Contact.
Le moteur vrombit et c'est alors toute la carcasse qui tremble sous l'impulsion des 420 chevaux qui, bientôt, pousseront les 12 tonnes que compte le car. C'est l'un des moments que je préfère. Car ça y est. On y est. On y est vraiment. Une nouvelle mission commence.
Pendant que chauffent les culasses et les pistons, j'effectue un tour d'horizon assez rapide pour me donner une idée de ce qu'il reste à nettoyer et me colle aussitôt à la tâche. En effet, il y a toujours quelque chose à revoir. Les vitres, le sol, l'extérieur, et, parfois aussi, les rouleaux à repasser, les ceintures à mettre en ordre, les rideaux à ranger, les tablettes à relever, les cendriers à finir de vider… Tout doit être propre et donner l'impression au client qu'il est le premier et le seul à être entré dans le car. Tout doit être net, carré, bien ordonné.
J'aime ce moment là. Ce contact charnel avec la bête. Son odeur, ses parfums, ses formes, ses couleurs… cette solitude.
Ce qui m'impressionne, c'est la clim lorsqu'elle se met en marche; je me souviendrais toujours de la première fois que je l'ai allumée, sans le faire exprès. J'étais novice de la chose… J'entendais le bruit d'une turbine comparable à celle d'un hélicoptère qui démarre. Je bondissais hors du car pour voir l'hélicoptère en question; que né ni ! Rien du tout au dehors. C'était la clim! Impressionnant.
Le car est un grand seigneur. C'est Le Seigneur de la route. Il est majestueux, élancé, puissant, démesurément puissant (certains moteurs atteignent 490 chevaux!!!) mais, paradoxalement, il se conduit avec grâce et souplesse. L'idéal est d'atteindre une conduite dite « bateau », c'est-à-dire que le client doit presque oublier la présence du conducteur. Il ne doit rien sentir de la route. Un peu comme pour un bateau qui coule sur les flots, sans à-coups. Cela suppose une conduite rationnelle, beaucoup de concentration, d'anticipation, d'analyse des situations, de prévention. Le test : placer un verre rempli d'eau presque à raz bord sur une tablette et n'en rien renverser de son contenu. Cette conduite relève de l'art. Il y a la technique puis il y a l'âme que l'on y met c‘est à dire la part de soi même que l'on y implique.
La première fois fut une épreuve. Oui. Une épreuve. Car quoi que très bien formé, après une sélection rigoureuse, la première fois, seul aux commandes, sans tuteur, est et demeurera toujours la première fois. C'est énorme. Avoir 400 000 euro et la vie de 50 passagers entre les mains ne s'improvise pas. Il ne faut jamais les perdre de vue. 19 tonnes en charge maxi, 420 chevaux, au mieux 12 mètres de long, 2,55 mètres de large, plus de 3,85 mètres de hauteur lancés sur l'autoroute ou arpentant des pentes abruptes et des routes sinueuses, n'ont rien à voir avec la conduite d‘une voiture. C'est un « monstre » hy tech, une sorte de fusée montée sur roues. Boîte 12 vitesses auto, régulateur de vitesses, suspensions électroniques… que du bonheur à conduire. Sans compter les aménagements qui diffèrent : WC, minibar, carré VIP, couchettes, café espresso, sièges en cuir…
Un autocar, c'est en fait un studio de 35 m² monté sur roues. C'est un peu une deuxième maison dans laquelle l'on peut passer jusqu'à 14 heures par jour…
22:54 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : autocar, mecanique, neoplan, aventure
vendredi, 14 décembre 2007
la banquette arrière
J’apprécie beaucoup la banquette arrière. J’imagine aisément à quoi vous pensez. Pas du tout. Voici, ici, un premier exemple de ce que j’en fais, moi, d’une banquette arrière.
Il s’agit aujourd’hui d’une tout autre chose. Il s’agit d’une utilisation et de sensations différentes.
Lorsque la fatigue se fait sentir, lorsque la torpeur langoureuse du sommeil se fraie subrepticement un chemin dans mon cerveau tout engourdi, je regarde, au fond de l’autocar, ces fauteuils qui, déjà, dans le rétro, avant même de les toucher, se présentent à moi comme un havre de paix, une oasis où trouver le repos réparateur que mon corps tout entier réclame.
Je me mets alors en quête de tout ce qui peut servir d’appuie tête. Un pull-over fait l’affaire et me voilà parti douze mètre plus loin. Une fois allongé, la bonne position est souvent laborieuse à trouver. Elle l’est encore davantage à conserver. Il faut une précision de géomètre pour y parvenir. Cela se joue à quelques millimètre à peine, vous savez? Mais aussitôt identifiée, elle devient, comme par enchantement, d’un confort inimitable digne des meilleures couches. Il ne faut certes plus bouger. Faire le vide. Humer cette odeur si particulière qui règne dans un autocar, surtout à l’arrière, au dessus du moteur.
Dire que plus de trois cent chevaux sommeillent sous mes oreilles, trois cent chevaux prêts à s’emballer à la première demande ! Une telle puissance au repos ressemble à un tigre endormi. Si l’on n’y fait pas attention et qu’il se réveille brusquement, il peut vous arracher un bras comme un rien.
Me voici donc sommeillant paisiblement sur la bête, me laissant bercer, de ci de là, par quelque bruit alentours.
Survient alors une autre bête, une autre machine dont le bruit fascinant me mets en éveil. Un collègue s’apprête à stationner son propre car derrière moi. Ses douze longs mètres défilent lentement mais sûrement et à vitesse constante le long de la vitre par laquelle je l’observe avec admiration, tel un squale devant la baie vitrée d’un aquarium géant. Et je reste là, "scotché", comme un enfant, sans mot dire.
Il se fait l’heure de quitter mon refuge pour accueillir mes petits écoliers. Je m’offre, avant de regagner la cabine de pilotage qui m‘attend, le spectacle émouvant que dévoile la longue rangée de sièges alignés comme les piliers d’une cathédrale gothique. Oui, il y a de cela dans un car. Une sorte de majesté, de grandeur. Une noblesse incomparable.
Christian Fontenay
19:10 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : autocar, banquette, sieste, repos, moteur, mécanique



