jeudi, 24 janvier 2008
Le temps de l’épreuve

Le film « Love Story », qui me vient aujourd'hui à l'esprit, me plonge dans une réflexion profonde. Il s'y décrit le rapport conflictuel d'un père conventionnel avec son fils épris de liberté, lesquels sont en opposition frontale.
Ma première réaction consiste à considérer ce long métrage comme constituant, à l'instar de bien d'autres, d'une certaine manière et au-delà des qualités artistiques et émotionnelles qu'il démontre sans conteste, une pure propagande pro soixante-huitarde anti-conformiste et contestataire de l'autorité.
Mais à y réfléchir un peu, je me dis qu'au fond, telle agitation, tel coup de semonce étaient peut être bien nécessaires pour éveiller les consciences. Sans doute, même. Le problème étant qu'après avoir détruit un système social et un système de valeurs, l'on n'ait pas construit grand-chose derrière, notre société judéo-chrétienne du XXIème siècle connaissant une crise profonde (qui ne cesse de grandir) depuis plus de trente ans. Toujours plus d'injustices, toujours plus de fractures sociales, toujours plus d'inégalités, toujours plus de familles brisées par les divorces et les séparations, toujours plus d'IVG, toujours plus de cataclysmes…
Néanmoins, et j'en reviens au fil conducteur de mon propos, n'était ce pas nécessaire? N'était-t-il pas nécessaire de s'interroger vraiment et en profondeur sur le pourquoi d'un tel vent de folie ? Nous, catholiques pratiquants, n'avons-nous pas une part importante dans cet embroglio « sociétal » ?
Nous vivons des temps difficiles (il y en a eu d'autres, en particulier aux alentours de l'an mil) où le ciel semble nous tomber sur la tête et où chacun y va de sa pire des prédictions, « preuves » à l'appui. Sommes-nous alors capables de prononcer simplement le mot « épreuve ». De considérer que ce qui arrive à notre monde nous est donné. Donné pour nous remettre en questions (non pas en cause! Attention). Car Dieu, qui est Tout Puissant, Créateur du Ciel et de la Terre, Dieu, qui a pouvoir sur toute chose, peut tout empêcher. Jésus avait le pouvoir de descendre de la Croix. Il ne l'a pas fait. Ainsi, Dieu, parfois, permet-t-il le mal, permet-t-il l'épreuve. Pourquoi?
Et bien, au lieu de nous poser certaines questions qui, ici bas, demeureront sans réponse avérée (tout au plus pouvons nous prêter à Dieu, à la lecture des Saintes Écritures et autres saintes lectures, quelques intentions), ne pourrions nous pas, plutôt, nous poser la question de savoir « comment en sommes nous arrivés là »? Certes, le Prince des ténèbres (Satan, Lucifer,Belzébuth, le Malin, … appelez le comme vous voulez) domine le monde, mais Dieu le permet. C'est bien la raison pour laquelle il me paraît plus judicieux, partant de ce postulat, de s'interroger sur le pourquoi et le comment nous en sommes arrivés là.
L'Église, communauté universelle dans laquelle je vis mon rapport à Dieu, doit se poser cette question autant que de se contenter, trop souvent, de n'accuser que le monde et ses démons. Il me semble que c'est là tout le sens de l'épreuve. Dans sa pédagogie, Dieu nous enseigne à travers mil et une épreuve tout au long de notre vie pour nous faire avancer sur le chemin de l'amour, de la rencontre avec l'autre, du Royaume. Un sein et saint questionnement suivi d'un débat de fond apparaissent donc salutaires et gagneraient à être poursuivis sans cesse afin de découvrir nos faiblesses, en comprendre les causes et palier nos manques. Jean Paul II n'a-t-il pas eu le courage de demander pardon au monde entier pour les fautes passées de l'Eglise? Ce fut une avancée mémorable qui demande à être poursuivie par cette fameuse recherche de Vérité sur soi. Chacun, chaque chrétien, possède individuellement cette possibilité.
Dans ce sens, l'initiative de notre Evèque Louis Sankalé, de lancer un vaste « audit » dans son diocèse pour connaître les propositions du peuple de Dieu pour l'Evangélisation - initiative que je trouvais, de prime abord (excusez moi Monseigneur, avec tout le respect que je vous dois), quelque peu obsolète et inutile, me paraît aujourd'hui une chance unique donnée à la « base » de se prononcer sur le « comment » de vivre notre Foi, aujourd'hui, et comment la transmettre, avec toutes les problématiques qui sont les nôtres au quotidien, bien différentes, concrètement, de celles d'il y a cinquante ou cent ans.
Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit, d'autant que je suis animateur chroniqueur dans une radio de confession catholique romaine. Ainsi, je ne me reconnais pas dans les progressistes (la « gauche » de l'Eglise), que j‘invite néanmoins et naturellement au débat. Mais je crois que c'est à travers ce débat et la pleine connaissance de ce que vit le « peuple d'en bas », de ses réalités et, parallèlement, à travers l'écoute de Dieu dans l'épreuve, que nous pouvons avancer sur le chemin de l'autre, le rencontrer, lui transmettre Dieu par notre témoignage, par notre humanité incarnée et lui transmettre en cela, le désir de Dieu au lieu du rejet.
Catholiques du diocèse de Nice, rejoignez en nombre vos paroisses et participez aux débats. Insérez vous (ou créez en vous-même) dans un groupe de réflexion. Faites bouger le monde!
PB
14:40 Publié dans famille, politique, société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : eglise, catholique, épreuve, diocèse, nice, sankalé



