lundi, 09 juin 2008

concerto pour autocar

Si mon autocar était un instrument de musique, ce serait un violoncelle. J’en serais le musicien et la route serait ma partition.

 

Quoi de plus représentatif, en effet, qu’un violoncelle, à mi chemin entre la contrebasse et l’alto, autrement dit entre le semi remorque et l’automobile.

 

Tantôt fougueux, tantôt langoureux, ses notes s’égrainent au fil des kilomètres.

 

Comment vous faire ressentir cela?

 

Imaginez un concerto pour violoncelle aux rythmes alternativement allegro (ou andante), et pianissimo. Entendez : l’alternance entre l’autoroute (ou la route nationale), et les passages plus délicats sur lesquels s’affirme la griffe du virtuose et du maître. Il faut que la corde vibre juste! afin que l’auditeur perçoive l’émotion de la phrase musicale. De même, il faut que l’autocar épouse gracieusement, avec délicatesse et justesse les formes et les courbes de la route afin que le passager goûte pleinement et confortablement son voyage.

 

Ainsi, de même qu’un musicien transporte, par son art, le public dans les hautes sphères de l’émotion et de la méditation, le conducteur peut t il conduire ses passagers à surfer sur les vagues du bien être.

 

Vous saisissez ?

 

mardi, 03 juin 2008

Je me souviens...

Je me souviens, quand j'étais petit, en tous cas plus petit qu' aujourd'hui, disons… jeune adolescent, que je nourrissais pour les conducteurs d'autocar et les chauffeurs de gros camion une admiration sans faille, à la limite de l'idolâtrie. Il me vient à la mémoire les longs moments que je passais à discuter avec eux, à les regarder langoureusement manœuvrer… cela me faisait rêver… jusque, même, avouons-le, l'âge adulte.

Puis ce fut à mon tour de m'asseoir à la place privilégiée du pilote, instant magique et inespéré, pour l'instant bien gauche et veule, car récent, tel un albatros.

Le conducteur héro de la route. Oui. Qu'on se le dise. Le conducteur d'autocar est un héro de la route. Rendez vous compte : transporter des enfants et autres passagers à travers les itinéraires les plus divers tout au long de l'année en leur assurant confort et sécurité dans les méandres de la jongle routière où parfois, seule, règne la loi du plus fort, telle un no man's land ou une zone de non droit, accumulant heures et heures, au détriment, parfois, de sa vie de famille et sociale. D'autant que ce travail s'effectue en contrepartie d'un salaire de base de l'ordre de 1450 euro bruts pour un débutant (guère davantage, proportionnellement, pour un ancien), bien loin, donc, de celui du salaire de la peur. Quelle abnégation!

Nous pleurons aujourd'hui d'innocentes victimes de la route qui n'ont rien demandé à personne; à commencer, sans doute, par le conducteur lui-même.

Sans préjuger de la suite de l'enquête judiciaire, j'ai une pensée émue, certes, pour les dites victimes et leurs famille, qui me noue la gorge, mais également pour ce collègue, en garde à vue depuis plus de dix heures, à la place duquel je peux potentiellement me trouver à n'importe quel moment tellement la route est dangereuse et peut réserver, même aux plus expérimentés, le pires des scénarios possibles.

J'avais bien raison d'admirer mes héros de la route quand j'étais petit.

C'étaient, ce sont ! de vrais héros.

PB

jeudi, 24 avril 2008

demarrage

257647965.jpgIl est long. Il est haut. Il est large.

La porte s'ouvre. Je monte les premières marches qui me conduisent à la cabine de pilotage.

Un tour de clé : le tableau de bord s'illumine de mille et une lumières de couleurs différentes. Mon disque est prêt et inséré dans le « mouchard » en position travail.

Les niveaux sont faits. Les vérifications effectuées.

Contact.

Le moteur vrombit et c'est alors toute la carcasse qui tremble sous l'impulsion des 420 chevaux qui, bientôt, pousseront les 12 tonnes que compte le car. C'est l'un des moments que je préfère. Car ça y est. On y est. On y est vraiment. Une nouvelle mission commence.

Pendant que chauffent les culasses et les pistons, j'effectue un tour d'horizon assez rapide pour me donner une idée de ce qu'il reste à nettoyer et me colle aussitôt à la tâche. En effet, il y a toujours quelque chose à revoir. Les vitres, le sol, l'extérieur, et, parfois aussi, les rouleaux à repasser, les ceintures à mettre en ordre, les rideaux à ranger, les tablettes à relever, les cendriers à finir de vider… Tout doit être propre et donner l'impression au client qu'il est le premier et le seul à être entré dans le car. Tout doit être net, carré, bien ordonné.

J'aime ce moment là. Ce contact charnel avec la bête. Son odeur, ses parfums, ses formes, ses couleurs… cette solitude.

Ce qui m'impressionne, c'est la clim lorsqu'elle se met en marche; je me souviendrais toujours de la première fois que je l'ai allumée, sans le faire exprès. J'étais novice de la chose… J'entendais le bruit d'une turbine comparable à celle d'un hélicoptère qui démarre. Je bondissais hors du car pour voir l'hélicoptère en question; que né ni ! Rien du tout au dehors. C'était la clim! Impressionnant.

Le car est un grand seigneur. C'est Le Seigneur de la route. Il est majestueux, élancé, puissant, démesurément puissant (certains moteurs atteignent 490 chevaux!!!) mais, paradoxalement, il se conduit avec grâce et souplesse. L'idéal est d'atteindre une conduite dite « bateau », c'est-à-dire que le client doit presque oublier la présence du conducteur. Il ne doit rien sentir de la route. Un peu comme pour un bateau qui coule sur les flots, sans à-coups. Cela suppose une conduite rationnelle, beaucoup de concentration, d'anticipation, d'analyse des situations, de prévention. Le test : placer un verre rempli d'eau presque à raz bord sur une tablette et n'en rien renverser de son contenu. Cette conduite relève de l'art. Il y a la technique puis il y a l'âme que l'on y met c‘est à dire la part de soi même que l'on y implique.

La première fois fut une épreuve. Oui. Une épreuve. Car quoi que très bien formé, après une sélection rigoureuse, la première fois, seul aux commandes, sans tuteur, est et demeurera toujours la première fois. C'est énorme. Avoir 400 000 euro et la vie de 50 passagers entre les mains ne s'improvise pas. Il ne faut jamais les perdre de vue. 19 tonnes en charge maxi, 420 chevaux, au mieux 12 mètres de long, 2,55 mètres de large, plus de 3,85 mètres de hauteur lancés sur l'autoroute ou arpentant des pentes abruptes et des routes sinueuses, n'ont rien à voir avec la conduite d‘une voiture. C'est un « monstre » hy tech, une sorte de fusée montée sur roues. Boîte 12 vitesses auto, régulateur de vitesses, suspensions électroniques… que du bonheur à conduire. Sans compter les aménagements qui diffèrent : WC, minibar, carré VIP, couchettes, café espresso, sièges en cuir…

Un autocar, c'est en fait un studio de 35 m² monté sur roues. C'est un peu une deuxième maison dans laquelle l'on peut passer jusqu'à 14 heures par jour…

vendredi, 14 décembre 2007

la banquette arrière

J’apprécie beaucoup la banquette arrière. J’imagine aisément à quoi vous pensez. Pas du tout. Voici, ici, un premier exemple de ce que j’en fais, moi, d’une banquette arrière.

 

Il s’agit aujourd’hui d’une tout autre chose. Il s’agit d’une utilisation et de sensations différentes.

 

Lorsque la fatigue se fait sentir, lorsque la torpeur langoureuse du sommeil se fraie subrepticement un chemin dans mon cerveau tout engourdi, je regarde, au fond de l’autocar, ces fauteuils qui, déjà, dans le rétro, avant même de les toucher, se présentent à moi comme un havre de paix, une oasis où trouver le repos réparateur que mon corps tout entier réclame.

 

Je me mets alors en quête de tout ce qui peut servir d’appuie tête. Un pull-over fait l’affaire et me voilà parti douze mètre plus loin. Une fois allongé, la bonne position est souvent laborieuse à trouver. Elle l’est encore davantage à conserver. Il faut une précision de géomètre pour y parvenir. Cela se joue à quelques millimètre à peine, vous savez? Mais aussitôt identifiée, elle devient, comme par enchantement, d’un confort inimitable digne des meilleures couches. Il ne faut certes plus bouger. Faire le vide. Humer cette odeur si particulière qui règne dans un autocar, surtout à l’arrière, au dessus du moteur.

 

Dire que plus de trois cent chevaux sommeillent sous mes oreilles, trois cent chevaux prêts à s’emballer à la première demande ! Une telle puissance au repos ressemble à un tigre endormi. Si l’on n’y fait pas attention et qu’il se réveille brusquement, il peut vous arracher un bras comme un rien.

 

Me voici donc sommeillant paisiblement sur la bête, me laissant bercer, de ci de là, par quelque bruit alentours.

 

Survient alors une autre bête, une autre machine dont le bruit fascinant me mets en éveil. Un collègue s’apprête à stationner son propre car derrière moi. Ses douze longs mètres défilent lentement mais sûrement et à vitesse constante le long de la vitre par laquelle je l’observe avec admiration, tel un squale devant la baie vitrée d’un aquarium géant. Et je reste là, "scotché", comme un enfant, sans mot dire.

 

Il se fait l’heure de quitter mon refuge pour accueillir mes petits écoliers. Je m’offre, avant de regagner la cabine de pilotage qui m‘attend, le spectacle émouvant que dévoile la longue rangée de sièges alignés comme les piliers d’une cathédrale gothique. Oui, il y a de cela dans un car. Une sorte de majesté, de grandeur. Une noblesse incomparable.

 

Christian Fontenay